Quand ils ont faim les gardiens du système immunitaires n'hésitent pas à mordre
L'alimentation a une influence directe sur le système immunitaire
Des scientifiques de Bonn ont découvert un mécanisme qui régule, chez les individus bien portants, certaines fonctions immunitaires vitales. Dans des situations où la faim se fait sentir, situations qui représentent un stress certain pour les cellules du corps humain, le corps, pour se protéger, produit davantage de peptides antimicrobiens. Les scientifiques ont fait paraître leurs résultats dans la revue spécialisée „Nature“ publiziert (DOI: 10.1038/nature08698).
Les cellules T, les cellules B et les anticorps – voilà le célèbre groupe d'intervention rapide qui constitue notre système immunitaire, quand virus et bactéries nous font tomber malades. Armé d'une artillerie molléculaire lourde, ce trio éradique les intrus de manière efficace. Mais, ce faisant, les systèmes de défense occasionnent aussi sur les tissus des dommages collatéraux qui doivent d'abord être réparés.
Maintenant, pour éviter que le système immunitaire ne soit pas constamment en alerte rouge et pour parer également à tout risque d'inflammation chronique, on trouve, à la frontière entre le corps et le monde extérieur, un autre système de défense monté en série. Il s'avère absolument nécessaire car au niveau de ce que l'on appelle les tissus-barrières, tels que les poumons ou la peau, se trouvent des trillions de bactéries. La grande majorité de ces micro-organismes vit depuis des millions d'années en bon voisinage avec les cellules de notre corps. Et plus encore: la communauté de vie complexe que constituent ces multiples micro-organismes nous approvisionne en produits naturels essentiels tels que la vitamine B12 par exemple.
Bons germes, mauvais germes
Et pourtant, parmi la quantité de bactéries pacifiques existantes, il y a toujours quelques semeurs de troubles qui peuvent provoquer des maladies. Face à une telle situation – avant même que les germes pathogènes ne pénètrent dans le corps – un mécanisme se met en place, lequel mécanisme est totalement indépendant des sytèmes habituels de défense immunitaire. Les biomédecins de l'Institut LIMES rattaché à l'Université de Bonn ont pu montrer, en fondant leurs expériences sur les mouches du vinaigre, mais aussi sur les tissus humains, que ce système naturel de défense immunitaire empruntait ce que l'on appelle „la voie signalétique de l'insuline“ et était directement relié au statut métabolique.
Quand nous n'avons rien mangé pendant un certain temps ou que nous devons gravir de nombreuses marches, le niveau énergétique des cellules chute et avec lui le niveau d'insuline. Les chercheurs de Bonn viennent de découvrir que lorsque le niveau d'insuline est bas, le facteur de transcription appelé FOXO est activé. Un facteur de transcription peut activer et désactiver les gènes. Quand un besoin énergétique se fait sentir FOXO active les gènes responsables des protéines de défense. Ces peptides antimicrobiens (AMP) – qu'il ne faut pas confondre avec les anticorps – sont ensuite expulsés des cellules du corps. Ils détruisent les intrus porteurs de maladie en disolvant leur paroi cellulaire. „Ce phénomène se produit tous les jours et à chaque minute qui passe“, explique le professeur et directeur de l'étude, Michael Hoch de l'Institut LIMES. „Ce qui est fascinant à ce propos, c'est qu'une des fonctions du système immunitaire dépend directement de ce que nous mangeons et de la quantité d'aliments que nous ingurgitons.“ Lorsqu'on est confronté à la faim, situation de stress pour les cellules du corps, le corps prend les devants en produisant des peptides antimicrobiens en plus grande quantité, et ce, dans le but de se protéger. „La barrière entre le corps et le monde extérieur serait ainsi renforcée dans le but de nous prémunir contre un danger éventuel qui consisterait en un trop peu d'énergie“, suppose le Professeur Hoch.
Un mécanisme de défense vieux comme le monde qui nous permettrait de devenir vieux?
FOXO et les gènes peptides antimicrobiens qu'il active existe dans presque toutes les familles animales. C'est ce qui fait dire aux chercheurs qu'une interaction directe entre l'offre alimentaire et la défense immunologique devait déjà exister tout au début de l'évolution des organismes pluricellulaires.
L'étude menée par les biologistes de Bonn pourrait avoir une importance clinique. En effet toute une série de maladies répandues telles que le diabète de type II ou encore l'obésité (adipositas) résultent d'une trop grande absorbtion de calories. Par ailleurs, ce genre de maladies va souvent de pair avec des inflammations accrues de la barrière tissulaire, un système immunitaire défectueux et, plus généralement, une espérance de vie réduite. Pour le Professeur Joachim Schultze de l'Institut LIMES – qui a également participé à l'étude: „Les résultats que nous avons obtenus ouvrent la voie à une meilleure compréhension de ces maladies“.
Aussi l'attention des chercheurs du LIMES se portera-t-elle désormais sur le rapport existant entre l'absorbtion de calories et la durée de vie. Des expériences faites sur des nématodes, des mouches drosophiles et des souris ont montré qu'une absorbtion réduite de calories pouvait accroître l'espérance de vie. D'où cette déclaration du Professeur Hoch: „A présent notre but est de démontrer si cela a un lien de cause à effet avec une amélioration accrue, sous l'influence de FOXO, des fonctions de la barrière du système immunitaire naturel.“
Vous trouverez une photo illustrant ce communiqué de presse en vous rendant sur le site internet suivant: http://www3.uni-bonn.de/Pressemitteilungen/14-2010
Contact:
Prof. Dr. Michael Hoch
Life & Medical Sciences Institute (LIMES)
Téléphone: 0228-73-4409 und -4621
Courriell: m.hoch@uni-bonn.de
