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L'inflation "ressentie" moins gravement qu'une diminution de salaire

Des économistes et des chercheurs en neurologie de l'Université de Bonn trouvent dans les neurones la cause de ce que l'on pourrait appeler l' "illusion de la valeur de l'argent"

 

Si on vous laissait le choix que préféreriez-vous? Une augmentation de salaire de trois pour cent et une inflation de cinq pour cent? Ou une diminution de salaire de deux pour cent avec des prix stables? Quand on leur soumet cettte question, la plupart des gens optent pour la première solution. Et pourtant, dans les deux cas, le pouvoir d'achat réel par rapport au revenu baisse dans exactement les mêmes proportions, à savoir de deux pour cent. Des chercheurs de l'Université de Bonn et du California Institute of Technology viennent de découvrir les raisons cérébrales et physiologiques qui se dissimulent derrière ce que l'on pourrait appeler l' "illusion de la valeur de l'argent". Les conséquences sont d'une importance pratique capitale: elles expliquent par exemple pourquoi la politique financière et l'inflation peuvent avoir des effets positifs sur l'emploi et la croissance économique.

Beaucoup de personnes jugent positivement une augmentation de salaire, et ce même quand l'inflation réduit complètement à néant ce surplus d'argent. C'est l' "illusion de la valeur de l'argent" qui en est la cause, et de l'avis de nombreux économistes celle-ci ne devrait pas exister. En fin de compte le pouvoir d'achat réel par rapport au revenu ne change en rien. Tout consommateur raisonnable devrait dans ces conditions se moquer complètement de savoir si ses revenus nominaux diminuent ou augmentent. Mais les expériences faites en laboratoire et les études menées sur le terrain montrent que cette réaction se répète à chaque fois.

Le professeur Armin Falk et le docteur Bernd Weber de l'Université de Bonn ont décidé d'aborder le thème de l' "illusion de la valeur de l'argent" sous un angle tout à fait inédit. Le professeur Falk est spécialiste en économie, quant au docteur Weber il est spécialiste du cerveau - une association plutôt inhabituelle. Tous deux cherchent à savoir quels processus neuronaux interviennent dans les décisions économiques. Pour ce faire, ils ont demandé à des volontaires de "jouer" des scènes simulant des situations économiques. Dans le même temps ils ont mesuré ce qui se passait dans le cerveau des participants au protocole.

Expériences dans le scanneur de cerveau

En tout ils sont 24 volontaires à avoir participé à l'étude qui vient de paraître. Tous ont dû se soumettre au scanneur de cerveau et résoudre quelques problèmes faciles. Quand le résultat était correct on les récompensait par une somme d'argent. Tout au long de l'expérience les chercheurs ont analysé  les variations de la concentration d'oxygène dans le sang dans les différentes parties du cerveau des participants. Ces données de mesure constituent le point de repère de l'activité cervicale dans la partie du cerveau concernée.  La récompense promise au terme de l'expérience n'a pas été versée en argent sonnant et trébuchant. En revanche les participants ont pu choisir dans un catalogue des produits du type CD, crème solaire ou encore matériel informatique.

"Nous avons confronté les participants au protocole à deux situations différentes", déclare le professeur Falk. "Dans le premier cas ils ne pouvaient gagner qu'une somme d'argent relativement modeste. Les produits proposés dans le catalogue étaient eux aussi comparativement bon marché. Dans le deuxième scénario la récompense était de 50 pour cent plus importante. Et les produits du catalogue coûtaient aussi 50 pour cent de plus. Pour chacun de ces deux scénarios les participants pouvaient, avec l'argent gagné, choisir exactement les mêmes produits - le pouvoir d'achat réel était exactement le même." Les volontaires étaient au courant: ils ne connaissaient pas seulement l'existence des deux catalogues; dès le départ les chercheurs leur avaient même dit très explicitement que la valeur réelle des récompenses était toujours la même.

Et cependant les scientifiques ont fait un constat étonnant: "Dans le scénario où la récompense était la moindre, une certaine partie du cerveau était indubitablement bien moins active que dans le scénario où la récompense était plus importante". C'est ainsi que Bernd Weber résume le résultat principal des observations faites. "La région du cerveau en question est ce que l'on appelle le "cortex ventromédial préfrontal". C'est dans cette zone que se décide dans une certaine mesure notre euphorie lorsque nous vivons des moments positifs." L'étude confirme donc bien que d'une part l' "illusion de la valeur de l'argent" existe réellement. D'autre part elle met au jour les processus cervico-physiologiques  qui entrent ici en ligne de compte.

Une des raisons du désamour pour l'euro cher?

Les résultats révèlent que dans le cerveau l'argent est représenté de manière "nominale" et pas seulement "réelle". En d'autres termes: les hommes aiment à se laisser appâter par des chiffres mirobolants. Ces observations présentées par les scientifiques de Bonn sont d'une importance pratique capitale. En effet l' "illusion de la valeur de l'argent" explique par exemple pourquoi une politique financière expansive permet dans les faits la relance de l'économie.  Ce phénomène explique également pourquoi les salaires nominaux ne baissent jamais, contrairement aux salaires réels en cas d'inflation. Par ailleurs, de nombreux économistes voient dans l' "illusion de la valeur de l'argent" la raison des bulles spéculatives, dans le marché de l'immobilier ou sur les marchés d'actions par exemple. Pour Armin Falk "de petits écarts par rapport au comportement rationnel, ou autrement dit une petite dose d' "illusion de la valeur de l'argent" peut avoir des conséquences économiques considérables."

Bernd Weber, Antonio Rangel, Matthias Wibral, Armin Falk: The medial prefrontal cortex exhibits money illusion; PNAS 2009


Contact:
Professeur Dr. Armin Falk
Institut de Sciences économiques et sociales,  Université de Bonn
Téléphone: 0228/73-9240
Courriel:
armin.falk@uni-bonn.de

Privatdozent Dr. Bernd Weber
Life&Brain-Center, Université de Bonn
Téléphone: 0228/6885-262
Courriel:
bweber@lifeandbrain.com